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Statues et Monuments Nord Pas-de-Calais

Monument DUPLEIX

Ville de LANDRECIES

Que vous évoque aujourd’hui le nom de « DUPLEIX » ? Certains diront : une station de métro, d’autres une caserne ou peut-être une avenue de la Capitale …
Mais n’oublions pas les honneurs de la Marine Française, le nom de DUPLEIX fut donné à un croiseur cuirassé en 1903 et à une frégate anti-sous-marine mise en service en 1978 et dont le désarmement a eu lieu dans le courant de l'année 2014.
Mais Dupleix qui était-il réellement ?
François Joseph naissait le 1er janvier 1697, fils de François DUPLEIX, fermier général du hainaut, originaire du Poitou et d' Anne-Louise de Massac, fille du gouverneur de Landrecies.
Le nom de François-Joseph DUPLEIX est lié à celui de l’Inde française, de 1720 à 1754. Il arrive à Pondichéry en 1720 en qualité de commissaire ordonnateur des guerres et de membre du conseil supérieur et est nommé directeur du comptoir de Chandernagor en 1730 (le 30 septembre). Par la suite, le 1 janvier 1740, il sera promu directeur général des comptoirs français, après avoir amassé une fortune personnelle considérable. C’est en 1746, que les Anglais mirent le siège devant Pondichéry, que Dupleix défendit sans relâche pendant quarante-deux jours. Il parvint à faire lever le siège par l’ennemi et fut couvert de gloire, la France lui décerna le titre de marquis. Après avoir laissé sa fortune personnelle et abandonné par le gouvernement de Louis XV. Il quitta en 1754 en pleurs ce pays, sur un ordre écrit de son roi, il abandonna le pouvoir en criant « vive le Roi » pour rentrer à Paris. Pendant neuf ans, il y vécut une vie de misère et essaya en vain d’obtenir le remboursement de sa fortune, 13 millions de francs, dépensée au service de la compagnie. Sa vie devint de plus en plus dure, il perdit sa femme Jeanne Albert de Castro le 4 décembre 1756, dont le cœur fut brisé par les luttes et chagrins de toutes sortes, qu’il avait épousé le 17 avril 1741. Celle-ci en mourant le supplia de ne pas abandonner son combat tant que justice ne lui serait pas rendue. Il se remaria le 10 novembre 1758, avec Claude-Thérèse de Chastenay-Lanthy. Cette union ne rétablira pas la fortune de Dupleix, car Mlle de Chastenay-Lanthy n’avait eu qu’une faible dot. Sans aucune ressource et atteint par la maladie Dupleix meurt dans la nuit du 10 au 11 novembre 1763, mais trois jours auparavant il avait fait publier un mémoire, dont en voici des extraits « J’ai sacrifié ma jeunesse, ma fortune et ma vie, à combler d’honneurs et de richesses ma nation en Asie … De malheureux amis, de trop faibles parents, des citoyens vertueux consacrèrent tous leurs biens pour faire réussir mes projets… ; ils sont maintenant dans la misère ! Je me soumets à toutes les formes judiciaires ; je demande, comme le dernier des créanciers, ce qui m’est dû. Mes services sont des fables, ma demande est ridicule ! Je suis traité comme le plus vil des hommes … Je suis dans la plus déplorable indigence. Le peu de bien qui me reste est saisi ; j’ai été obligé d’obtenir des arrêts de surséance pour n’être pas traîné en prison ! … ».Ainsi s’éteignit un des plus grands génies du 18ème siècle, dans l’indifférence totale et les gazettes de l’époque n’annoncèrent son décès qu’en janvier 1764, comme « Le Mercure de France ».
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© statues Monuments NPDC
 

Reconnaissance, surprenante ! En effet, ce sont les Anglais qui les premiers lui rendirent un hommage en faisant ériger une statue dans la cour d’honneur du palais du gouverneur du Bengale et de reconnaître en lui l’une des personnalités les plus puissantes de son siècle. Un buste fut placé dans les galeries de Versailles, par arrêté du 29 avril 1861, du ministre d’État chargé des Beaux-Arts et une troisième statue inaugurée le 28 juillet 1870 à Pondichéry, à la demande du gouverneur M. Bontemps.
Par conséquent, Landrecies, lieu de naissance de François-Joseph Dupleix, se devait d’avoir sa statue, afin de réparer l’injustice dont la mémoire de ce dernier avait souffert durant plus d’un siècle.
C’est Pierre Magry qui était à cette époque, archiviste adjoint au ministère de la marine à Paris qui exprima l’idée à la municipalité de Landrecies qui fut emballée par cette dernière, nous sommes en 1869. Toutefois, les évènements de 1870 – 1871 ont fait tomber quelque peu dans l’oubli le projet. En 1878, Magry demanda à Chrétien Dehaisne de se charger de ce projet en sa qualité de président de la commission historique du département du Nord. Il obtint de la commission le vote d’un crédit de 200 francs en vue de l’érection de la statue et il s’ensuivit la somme de 500 francs octroyée par la ville de Landrecies, à l’issue d’une séance du conseil municipal qui eut lieu le 9 mai 1879.
Il sera formé en 1881 à la demande de M. le préfet du Nord, un Comité départemental avec comme président M. Géry Legrand, maire de Lille, qui allouera 3000 francs en avril 1882, montant qui sera également alloué par le ministre de l’instruction publique et des cultes, ainsi que des souscriptions diverses atteignant la somme de 26 000 francs. En 1883, A. Deloffre publie une petite brochure, mise en vente au profit de la statue. Néanmoins, il aura fallu attendre que la souscription eût dépassé les 30 000 francs, pour enfin pouvoir s’occuper de l’érection du monument.
Début 1884, un concours sera ouvert uniquement aux artistes du département du Nord, ils seront au nombre de 17 à y concourir. Il avait été fixé des critères bien précis, à savoir que la statue devait être coulée en bronze ainsi que les bas-reliefs et attributs indiens qui orneraient le piédestal en granit sur lequel reposerait la statue représentant Dupleix, le support devait également comporter une inscription. Le jury composé pour cette occasion délibéra le 12 mars 1884 et accorda le 1er prix à Léon Fagel, de Valenciennes, à noter qu’Édouard Houssin, de Douai, obtint le second et le troisième sera attribué à Alphonse Cordonnier de Lille. En ce qui concerne la maquette d’Houssin, vous pouvez de nos jours l’admirer au Musée de la Chartreuse à Douai et dont nous publions plus bas une photographie avec l’aimable autorisation de son service Photothèque que nous remercions vivement.
Cette statue de Léon Fagel en l’honneur de l’homme de génie que fut Dupleix, mesure trois mètres soixante, de la plinthe jusqu’au sommet du drapeau, sans le piédestal qui est lui constitué en pierre d’Écaussinnes. Dupleix est représenté prenant possession de l’Indoustan, il est revêtu de son costume de marquis, qui était sa tenue de combat, et porte le grand cordon de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis. Il pointe l’index droit, montrant le sol de l’Inde et de la main gauche plante le drapeau de la France. L’artiste Léon Fagel s’est inspiré d’une miniature du XVIIIème siècle prêtée par la famille d’Infreville, afin d’exécuter les traits de Dupleix.
Quant au piédestal, il est orné de deux bas-reliefs, l’un représentant « Dupleix recevant de Mouzaferzingue la dignité de nabab »1 , l’autre « Madame Dupleix, au siège de Pondichéry, donne des soins aux blessés » 1 et comporte des inscriptions qui rappellent la vie de Dupleix : À Dupleix, gouverneur de l’Inde française 1697- 1763 (à l’avant du socle) et les noms des principales villes (à l’arrière du socle), où il s’est illustré : Chandernagor – Pondichéry – Ambour – Cadapa – Aurungabad – MDCCCLXXXVII (cette date est celle de l’inauguration, 1888).M. Moltz, fondeur, rue de Rennes à Paris réalisa le coulage de l’œuvre. >

 
 
ci-contre M.et Mme Dupleix (provient du livre Créole et grande Dame, Johanna Bégum, Marquise Dupleix - 1934 - Yvonne Robert Gaebelé
 

autographe de Dupleix

   

L’inauguration eut lieu le 30.09.1888 à 14h30, la statue se dressait sur la grand’place qui portait son nom, mais qui de nos jours s’appelle « Place André Bonnaire » 2 par contre un boulevard et une cité ont été baptisés du nom de Dupleix et un musée lui est consacré. M. Pierre Legrand, ministre du commerce et de l’industrie représentant le gouvernement fut accueilli à son arrivée en gare, par M. Démoulin, maire de Landrecies, la municipalité et le général Huberdeau. Étaient également présents M. Saisset-Schneider, Préfet du Nord accompagné des sous-préfets du département, M. de La Porte, sous-secrétaire d’État des colonies, représentait le ministre de la marine. L’ensemble des personnalités ont été reçues avec les honneurs militaires par les pompiers et le 34ème Régiment d’artillerie.Ont été aussi remarqués MM.Clayes, Sénateur ; Hector Deffose, conseiller municipal de Paris et plusieurs descendants de Dupleix, tels que les comtes d’Infreville, le marquis de La Baume et le comte de Cotton.
Les rues de la ville comptaient de nombreux arcs de triomphe et s’étaient parées d’oriflammes, c’est à 14h30 que la fête commença au son de « La Marseillaise » et le voile qui recouvrait la statue tomba sous les applaudissements de la foule qui s’était déplacée pour l’évènement, M. Pierre Legrand prit la parole et prononça le discours que vous trouverez ici (extrait du Journal Officiel de la République Française n° 269 du mercredi 3 octobre 1888-4050).
D’autres discours furent prononcés, notamment par Géry Legrand qui remit officiellement la statue à la ville de Landrecies, au nom du comité départemental. Bien évidemment, le maire a fait l’historique du gouverneur des Indes, suivi par le député du nord, M. Maxime Lecomte. Parmi les hommages ce sera l’ode patriotique déclamée par le poète Raoul Bonnery 3 qui fut très remarquée par la foule présente. M. Bonnery retraça le siège de Pondichéry, blâma la disgrâce du malheureux Dupleix et s’écria :

« Dupleix, si la patrie un moment fut ingrate ;
Si son indifférence, hélas ! causa ta mort ;
La France dans son cœur a senti le remords.
De même qu’à la Grèce a pardonné Socrate,
Toi, qui bus, comme lui, le calice de fiel,
Sois généreux, sois grand ; héros, pardonne, oublie …
Le pardon magnanime est d’une âme accomplie ;
Il est béni sur terre, il est béni du Ciel.
Notre France est un sol où la justice habite ;
L’oublié, tôt ou tard, y recouvre ses droits.
Après le dur calvaire, après la lourde croix,
C’est l’immortalité : la gloire sans limite.
Dupleix, si ton pays fut injuste envers toi,
Laisse-le, dans ce jour, t’offrir l’apothéose ;
Donner à ses regrets la forme grandiose
Qui te venge à jamais d’une femme et d’un roi. »

Les divers discours furent interrompus par des applaudissements et des cris :

Vive Dupleix ! Vive le ministre ! Vive la République !

Ce fut une cérémonie d’inauguration très réussie malgré quelques ondées. Cette fête sera suivie d'un banquet donné à 17 h à l'hôtel de Ville.

Madame Dupleix, au siège de Pondichéry, donne des soins aux blessés 1

Dupleix recevant de Mouzaferzingue la dignité de nabab 1
© statues Monuments NPDC
© statues Monuments NPDC
     
     

 

la photo ci-contre représente la maquette en plâtre exécutée par Édouard Houssin, mesurant 89 cm de haut et 42 cm de large. Cette dernière est visible au Musée de la Chartreuse de Douai. © Musée de la Chartreuse, Douai .

 
© statues Monuments NPDC

1 descriptions données dans "Dupleix ou les français aux Indes Orientales " par A. Clarin de la Rive - 1888. / 2 né à Landrecies le 01.02.1901 et décédé le 21.07.1962. Député du Nord de 1956 à 1958. Élu maire le 20.12.1940 jusqu’en 1944. Il redevient maire d’octobre 1947 et y restera jusqu’à son décès. / 3 En récompense à ce magnifique hommage, le ministre de la marine lui décernera la croix d’officier de l’ordre royal du Cambodge

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